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De la structure

D 14 septembre 2019     H 09:30     A Albert Le Dorze     C 0 messages


I - La structure, le structuralisme

Structure, mot devenu valise. Il convient pourtant de lui redonner sa valeur diamantaire, conséquence de l’acuité de son utilisation par l’école de l’épistémologie à la française et de la philosophie structuraliste. Celle-ci, de de Saussure à Lévi-Strauss a permis la théorisation lacanienne. Comme me l’avait dit un jour Vincent Mazeran aujourd’hui décédé : l’important c’est ce que la structure nous impose. Mais nous laisserons volontiers à la discussion les contestations possibles de cette manière de voir.

Une structure peut se présenter comme une réalité concrète, une disposition matérielle, une construction, comme une charpente, un squelette. Il est alors parlé de structuration, de principe organisateur du vivant, d’où un certain finalisme, une certaine orientation, une certaine intentionnalité. Cette structure est sensible à l’évolution, elle se transforme. Nous sommes proches du paradigme. Mais ce qui nous retient c’est la structure comme modèle abstrait, organisation adossée aux sciences formelles ou formalisées. Formelles comme la logique qui provient du logos qui signifie à la fois raison, langage et raisonnement et qui étudie les règles que doit respecter toute argumentation correcte (la logique étant une part de la philosophie antique à côté de l’éthique, la philosophie morale, et de la physique, la science de la nature). Formelles comme les mathématiques soit l’ensemble des connaissances résultant de raisonnements logiques appliqués à des objets divers : nombres, formes, structures, transformations. Sciences formalisables, formalisées : la physique, l’économie, l’anthropologie, l’histoire, la linguistique devenue structurale après de Saussure et autres... Levi-Strauss : « Une structure offre donc un caractère de système. Elle consiste en éléments tels qu’une modification quelconque de l’un entraîne une modification de l’ensemble. » Le terme de structure équivaut à celui de système. Leibniz appelait de ses vœux la création d’une langue à penser aussi facile à utiliser que le calcul, qui puisse se comparer à l’algèbre. Les structuralistes, plus tard, s’en empareront sous le terme de symbolique.

L’épistémologie française : (A. Comte, Bachelard, Canguilhem, Foucault), soit l’étude critique des principes, des méthodes et des résultats d’une science, a subi le reproche de privilégier la théorie, la philosophie, au détriment des faits, de l’empirisme, de la méthode expérimentale de Claude Bernard. Bachelard : le noyau dur de la connaissance scientifique ce sont les sciences mathématiques et physico-chimiques. Foucault dans Les mots et les choses : « Inutile de dire que les sciences humaines sont de fausses sciences, ce ne sont pas des sciences du tout. » Les sciences humaines sont en effet largement liées à des pratiques humaines, sociales, politiques, à du bricolage qui relèvent de la non-science, de l’idéologie mais qui appartiennent néanmoins au domaine positif du savoir.

Selon Foucault, la linguistique n’est devenue scientifique que du jour où elle a balancé par-dessus le moulin des balivernes comme la conscience, les sentiments. Haro sur la psychologie ! Auguste Comte : la psychologie, c’est de la théologie ! Haro sur la téléologie : le présent ne saurait expliquer le passé, ni le passé le présent. Il existe des ruptures, des discontinuités, des évènements. Il n’y a pas de précurseur. Le matérialisme avec Althusser devient aléatoire. Foucault : le présent n’est pas une donnée mais un problème. L’œuvre de Canguilhem tente de penser scientifiquement la biologie qui ne se résume pas à la physico-chimie, l’organique n’est pas la mécanique. La seule science humaine jugée valable par Canguilhem et Foucault, c’est la médecine. Pas la psychiatrie, science douteuse selon Foucault. Selon ce dernier, dans La naissance de la clinique de 1963, la maladie se présente à l’observation, immobile et transparente, selon des symptômes, vérité des phénomènes, et selon des signes dont la structure est déjà explicitement linguistique. Le symptôme est, le signe dit. Tout symptôme est signe mais tout signe n’est pas symptôme. Rappelons d’abord quelques formules avec l’aide de Jacques Baudeneau et de Claude Bégué dans Littré, dictionnaire de la langue française, supplément [1]. Le signe linguistique est un élément du système, une entité qui associe un signifiant, image acoustique ou graphique, dimension sensible du signe, à un signifié ou concept, dimension mentale du signe. Le lien unissant le signifiant au signifié est arbitraire (de Saussure). La sémiologie est l’étude des systèmes de signes et la sémantique est la partie de la linguistique qui s’attache au sens des mots ou des énoncés qui s’oppose à la morphologie (étude des formes) et à la syntaxe (étude des liens grammaticaux).

« Rigueur descriptive, exactitude dans l’énoncé, régularité de la dénomination [2] » sont les résultats obtenus par l’exercice d’un œil absolu, d’un « pur regard qui serait pur langage [3] ». L’œil percute, touche le corps spatialisé et au-delà de l’oreille il tend vers le langage commente Foucault. Mais pour le clinicien toute vérité est une vérité sensible : la théorie se tait au lit du malade pour laisser place à l’expérience et à l’observation. La clinique s’affronte à « la sensorialité du savoir [4]. » Foucault estime que c’est la médecine qui détermine l’architecture d’ensemble d’éventuelles sciences humaines. Elle introduit une anthropologie qui les soutient du fait de la prise en compte de la finitude, de la mort, de la maladie, du travail du négatif, dans les structures de vie, dans le savoir. L’individu, « la forme belle et close de l’individualité [5] », à la fois sujet et objet de sa propre connaissance ne se saisit lui-même dans les mailles du langage qu’en référence à la mort. « Des cadavres ouverts de Bichat à l’homme freudien, un rapport obstiné à la mort prescrit à l’universel son visage singulier et prête à la parole de chacun le pouvoir d’être indéfiniment entendu [6]. » La médecine selon Canguilhem et Foucault nous contraint à la confrontation au vivant. Elle introduit à la science de l’individu, séparé du cosmos, contre la vieille loi d’Aristote qui interdisait le discours scientifique sur l’individu. Pour Foucault, l’individu mortel, incarné ne saurait se définir par une conscience : ce n’est qu’une forme. Il est impossible de considérer les philosophies de Canguilhem et de Foucault comme de purs discours détachés du corps, du vivant, culture dit ce dernier des fanfarons et de la jactance. Ce sont les désirs et les pratiques corporelles, les allures de vie (Canguilhem), autant dire des bricolages, qui sont premiers.

La psychanalyse, à première vue, débarrasse la psychologie de la conscience et permet à l’intérieur de la pensée médicale, « la possibilité d’un dialogue avec la déraison » (Foucault) mais elle devient, estime-t-il, comme les autres sciences humaines un pur discours de savoir avec effets de domination ecclésiale. Il est essentiel de se souvenir que certains, Foucault en particulier, présentés comme purs adeptes de la structure mathématique, n’ont pas reculé devant l’aléatoire du vivant.

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Dans son Introduction à l’œuvre de M. Mauss, Lévi-Strauss récuse toute explication non-rationnelle du pouvoir magique du « mana » polynésien, et au-delà de toute expérience du sacré. V. Descombes [7] : le « mana », selon Lévi-Strauss, utilisant les concepts de la linguistique structurale, est un symbole. Dans l’Antiquité, le sumbolon grec est un objet coupé en deux moitiés (tesson, pièce de monnaie) par deux individus qui scellent un pacte qui leur permettra de se reconnaître. La première fonction, la sémiotique, du symbole indique qu’il signifie quelque chose : c’est une représentation porteuse de sens, c’est un système signifiant comme les panneaux du code de la route, qui fait consensus, accepté par les membres d’une communauté. Le symbole langagier qui permet la reconnaissance, c’est le mot de passe. La liaison entre le symbole et le symbolisé, par association, ressemblance, consensus, convention devient bientôt de plus en plus formelle, de plus en plus arbitraire, comme les symboles algébriques x ou y d’une équation. Pour Lévi-Strauss, le mana est un signifiant flottant, un symbole totalement dénaturalisé comme les mots « truc », « machin », « bidule » qui ne veulent rien dire mais qui sont acceptés par les membres d’un collectif, d’une communauté. Ce sont donc des symboles à l’état pur mais qui n’ont pas de sens assignable.

Le mana, comme la poésie, ne fait que traduire l’inéquation entre le signifiant et le signifié. Ce n’est qu’un effet de langage. L’absence de signifiant flottant signerait la clôture de la connaissance. Si nous savions tout, plus rien ne flotterait, il n’y aurait plus besoin de symbole, de pensée symbolique, de poésie, de mythe, d’art.

Le modèle, c’est donc la linguistique structurale qui « permet d’atteindre des systèmes, c’est-à-dire des ensembles régis par une loi de cohérence interne [...] elle se fonde sur le caractère discontinu des éléments microscopiques de la langue, les phonèmes [...] d’abord pour les identifier et ensuite pour déterminer les lois de leur coexistence réciproque. Ces lois présentent un degré de rigueur entièrement comparable aux lois de corrélation qu’on rencontre dans les sciences exactes et naturelles [8]. » Ainsi s’exprime Lévi-Strauss dans son texte de 1954, Mathématiques de l’Homme. Ce qui compte pour aborder l’Homme, ce n’est pas seulement la mesure, c’est d’appliquer dans son étude la rigueur, le raisonnement mathématique afin de faire reculer les prétendus « ineffable », « incommensurable ». Dès Les structures élémentaires de la parenté [9], son ouvrage de 1949, il recourt aux mathématiques, avec l’aide d’André Weil, auteur d’un Appendice à l’intérieur du livre : « A. Weil montre que les règles très élaborées concernant les mariages permis et interdits dans les tribus étudiées par Lévi-Strauss obéissent à des principes mathématiques simples qu’on peut résumer en évoquant le conceptdestructuresdegroupe [10] »Tel est le jugement de M. Broué, mathématicien, cité par P. Lavoie. Lévi-Strauss : André Weil montre « comment des lois de mariage d’un certain type peuvent être soumises au calcul algébrique et comment l’algèbre et la théorie des groupes de substitution peuvent en faciliter l’étude et la classification ». Les mathématiques peuvent être qualitatives : théorie des ensembles, théorie des groupes, topologie. De Saussure comparait déjà le langage aux jeux de stratégie comme les échecs. Lévi-Strauss estime aussi que la théorie des jeux, appareil mathématique compliqué et raffiné de von Neumann et O. Morgenstern, peut apporter nombre de bénéfices. Il en est de même pour la cybernétique de Norbert Wiener, théorisée dans les années 40.

Pour Lévi-Strauss, seul le subconscient est réservoir de souvenirs, l’inconscient est l’organe d’une fonction, la fonction symbolique, tout aussi étranger aux images que l’estomac aux aliments qui le traversent. Il se définit par sa fonction d’échanges. La règle de la prohibition de l’inceste, c’est l’échange des femmes. C’est un lieu vide qui n’a rien à voir avec l’inconscient freudien, c’est la cause absente des effets de structure, un x, un y. Il récuse la notion de désir. Le symbolique comme la mathématique est totalement extérieur à l’homme, autonome. Prévalence de l’invariance sur les variations, le sens, la signification. Le code précède le message. Anti-humanisme absolu : « Les hommes n’agissent pas en tant que membres du groupe conformément à ce que chacun ressent comme indi- vidu : chaque homme ressent en fonction de la manière dont il lui est soumis ou prescrit de se conduire. Les coutumes sont données comme normes externes, avant d’engendrer des sentiments internes, et ces normes insensibles déterminent les sentiments individuels, ainsi que les circonstances où ils pourront ou devront se manifester [11]. » Questionnement inévitable sur ce qu’il en est du libre-arbitre.

En 1955, Lévi-Strauss construit une formule canonique algébrique qui, comme le dit Maurice Godelier, « symboliserait le processus d’engendrement d’un ensemble de variantes d’un même mythe et qui rendrait compte de la clôture du mythe [12] ». Soit Fx (a) : Fy (b) : : Fx (b) : F a-1 (y). Cet outillage n’a jamais disparu chez Lévi-Strauss. Plus tard, dans Paroles données (1984), Lévi-Strauss ironisera sur ses propres « symboles d’allure logico-mathématique qu’on aurait tort de prendre trop au sérieux [13]. » « Entre nos formules et les équations mathématiques, la ressemblance est toute superficielle car les premières ne sont pas des applications d’algorithmes qui, rigoureusement employés, permettent d’enchaîner ou de condenser des démonstrations [14]. » Pourtant Jean Petitot, à l’aide de la théorie des catastrophes de René Thom, écrit en 1988 : Approche morphodynamique de la formule canonique du mythe [15]. Un autre mathématicien, Jack Morava, fait appel, en 2004, à la théorie du chaos et propose un modèle mathématique qui correspond à celui de Lévi-Strauss. Lucien Scubla commente ainsi Morava : « Ce modèle mathématique montre bien la spécificité structurale de la formule tant par rapport au "groupe de Klein", dont Lévi-Strauss s’est servi pour formaliser les mythes, que par rapport aux groupes de permutation utilisés depuis A. Weil pour modéliser les systèmes de parenté et d’alliance. En revanche, il laisse totalement ouverte l’interprétation anthropologique de la formule [16]. » Restait pour Lévi-Strauss à comprendre les vrais ressorts de l’univers symbolique : « L’émergence de la culture restera pour l’homme un mystère tant qu’il ne parviendra pas à déterminer, au niveau biologique, les modifications de structure et de fonctionnement du cerveau [17] ». Lévi-Strauss nous invite à réintégrer « la culture dans la nature [18] ». « L’opposition entre nature et culture sur laquelle nous avons jadis insisté semble aujourd’hui offrir une valeur surtout méthodologique. [...] Dans notre perspective par conséquent le moi ne s’oppose pas plus à l’autre que l’homme ne s’oppose au monde : les vérités apprises à travers l’homme sont du "monde" et elles sont importantes de ce fait. Cela est même vrai des vérités mathématiques. [...] Les énoncés de la mathématique reflètent au moins le fonctionnement libre de l’esprit, c’est-à-dire l’activité des cellules du cortex cérébral, relativement affranchies de toute contrainte extérieure et obéissant seulement à leurs lois propres. Comme l’esprit est une chose, le fonctionnement de cette chose nous instruit sur la nature des choses : même la réflexion pure se résume en une intériorisation du cosmos [19] . »

Il suffit, nous l’avons dit, d’une première opposition pour mettre en branle un appareil dit d’entendement. La pensée doit se plier aux impératifs d’une organisation formelle. Il faut parler de machine combinatoire de la pensée. Maurice Godelier note ainsi que dans la finale des Mythologiques, IV, Lévi-Strauss affirme, en toute logique, qu’il n’est pas l’auteur du texte, qu’il n’est qu’un exécutant de la machinerie structurale qui parlait en lui. Automatisme mental en quelque sorte. Montaigne : « Je n’ai pas plus fait mon livre que mon livre ne m’a fait. » « Les opérations binaires sont inhérentes aux mécanismes forgés par la nature pour permettre l’exercice du langage et de la pensée [20]. »Il en va ainsi de la pure pensée structuraliste. Cavaillès « la vérité de la structure ne se donne que dans les règles mêmes qui la régissent, il n’y a pas de structure de la structure, de métalangage. Si les éléments exogènes à la structure sont à éliminer du champ de l’analyse, il faut en revanche retrouver le mouvement autonome, original de la science qui déploie ses propres lois [21]. »

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Lacan juge que « la parole est d’abord cet objet d’échange avec lequel on se reconnaît, et par ce que vous avez dit le mot de passe on ne se casse pas la gueule, etc. [22] » La parole remplit donc les rôles imputés au symbole en tant qu’outil de reconnaissance, que mot de passe. « C’est en tant qu’il est engagé dans un jeu de symboles [...] que l’homme est un sujet décentré [23]. » Pour de Saussure et Lévi-Strauss la langue est distincte de la parole. La langue, objet scientifique, n’est pas une qualité subjective, probabiliste comme la parole, elle doit se débarrasser des scories, de la psychologie.

Dans l’ordre humain nous aurions affaire, selon Lacan, à l’émergence d’une fonction humaine spécifique, la fonction symbolique. Certes, elle n’est pas totalement nouvelle en tant que fonction – comme il y a des fonctions digestive, respiratoire – elle existe ailleurs que dans l’humain mais seulement en tant qu’amorces. Pour concevoir l’ordre humain, symbolique, il faut partir de l’idée que cet ordre constitue une totalité, un système- structure. Ce n’est pas peu à peu qu’il se constitue. Le premier homme disposerait du trésor des symboles. Il n’y aurait pas de genèse du symbolique. L’inconscient symbolique n’a donc rien à voir avec l’évolutionnisme animal. « La fonction symbolique n’a absolument rien à faire avec une formation para-animale, une totalité qui ferait de l’ensemble de l’humanité une espèce de grand animal – car en fin de compte c’est ça l’inconscient collectif [24]. »

Il faut plutôt réhabiliter le mécanisme, épuré, dénué, exclusif de tout autre système interprétatif. Lacan recommande la lecture de L’Homme-machine de La Mettrie, des trente-cinq volumes de L’Encyclopédie des arts et des techniques initiée par Diderot. Ces esprits étaient en avance sur leur temps même si persistaient les brumes idéologiques d’antan. « Ces essais de réduction à partir de la machine, de fonctionnalisation des phénomènes qui se produisent au niveau humain, étaient très loin en avant des enchaînements qui se maintenaient dans leur fonctionnement mental [25]
. » C’est donc en termes de mécanisme qu’il faut tenter d’expliquer le vivant. Lucien Scubla, dans un article sur : « Le symbolique chez Lévi-Strauss et chez Lacan [26] »note que le schéma L de Lacan répond à la formule canonique. Le 26 mai 1956 à la Société française de philosophie, Lacan intervient après un exposé de Lévi-Strauss sur les rapports entre la mythologie et le rituel. Il s’étonne que Lévi-Strauss n’ait pas employé ses propres formules de transformation alors que lui-même les a appliquées avec plein succès à l’homme aux rats (conférence sur le mythe individuel du névrosé) : « J’ai été, dit-il, jusqu’à pouvoir strictement formaliser le cas selon une formule donnée par Claude Lévi-Strauss, par quoi un a d’abord associé à un b, pendant qu’un c est associé à un d, se trouve à la seconde génération , changer avec lui son partenaire, mais non sans qu’il subsiste un résidu irréductible sous la forme de la négativation d’un des quatre termes, qui s’impose comme corrélative à la transformation du groupe. » La première question que doivent se poser les analystes c’est « pourquoi sommes-nous amenés à penser la vie en termes de mécanisme ? En quoi sommes-nous effectivement, en tant qu’hommes, parents de la machine [27] ? » La machine soi-disant privée de liberté est beaucoup plus libre que l’animal qui est une machine bloquée par le monde extérieur et le générique. L’humain en tant que machine serait quelque chose de décomposé ayant des choix multiples. L’animal n’a pas la liberté donnée par la mathématique : « Il y a une mutation en cours de la fonction de la machine qui laisse derrière elle tous ceux qui en sont encore à la critique du vieux mécanisme [28]
. » Pas question de méconnaître la cybernétique de Wiener. « Quand on parle de formalisation mathématique, il s’agit d’un ensemble de conventions à partir desquelles vous pouvez développer toute une série de conséquences, de théorèmes qui s’enchaînent, établissent à l’intérieur d’un ensemble certains rapports de structure, une loi à proprement parler [29]. » Lacan est digne de son maître de Clérambault (1872-1934). Tous deux érigent en idéal l’algorithme mathématico-physique. Mais pour le maître du dépôt l’automatisme mental qui se développe logiquement à partir d’un foyer central, sans intentionnalité psychique, le sujet n’y est pour rien, signe la pathologie alors que pour Lacan l’automatisme du signifiant est la norme du fonctionnement psychique humain. Lacan c’est de Clérambault plus Kojève, plus Freud. La machine est construite à partir d’un jeu de symboles. La machine, c’est une structure comme détachée de l’activité du sujet. « Le monde symbolique, c’est le monde de la machine. La question s’ouvre alors de ce qui, dans ce monde, constitue l’être du sujet [30]
. »

Ce qui compte, ce sont les « ratés » de la machine qui correspondent au refoulé freudien. « Sans une prise de position radicale sur la fonction de la parole, le transfert est purement et simplement inconcevable. Inconcevable au sens propre du terme – il n’y a pas de concept du transfert, rien qu’une multiplicité des faits liés par un lien vague et inconsistant [31]. » Le transfert ne répond pas aux critères de l’idéal mathématique. Il n’a rien à voir avec l’affectivité, il ne saurait être question que de dialectique, que d’une suite de raisonnements rigoureux entre interlocuteurs.

Après 1954, c’est le concept de signifiant qui s’impose. Pour Roudinesco [32], le signifiant est un élément du discours qui détermine les actes, paroles et la destinée d’un sujet à son insu et à la manière d’une nomination symbolique. Le signifiant est isolé du signifié comme une lettre, un trait, un mot, un nombre, symbole dénué de signification. Ce qui importe, c’est le signifiant, le nombre et leur ordre : « L’être humain n’est pas le maître du langage primordial et primitif. Il y a été jeté, engagé, il est pris dans un engrenage  [33]. » Le symbolique devient les séries de chiffres du langage informatique et cybernétique. Il se réduit à des codes. L’inconscient a largué les amarres avec le pulsionnel, avec toute genèse y compris par l’interaction avec le corps de l’autre. Il se donne en formules phonématiques : « le Poor (d) j’e-li » de Serge Leclaire dans Psychanalyser. L’instance de la lettre dans l’inconscient (1968) réduit la formule de l’inconscient à son aspect matériel, tel le caractère d’imprimerie. La chaîne des signifiants (S1 S2 Sn) produit le désir du sujet. La nature du signifiant est relativement indifférente, c’est sa fonction qui prend le dessus et l’accent est mis sur le rapport des signifiants entre eux.

Mais peut-on soutenir que le signifiant ne soit qu’un caractère d’imprimerie ? P. Juignet [34] remarque que Lacan, forcé, ne peut que resymboliser le symbole du côté de l’image. Il existe des signifiants non-verbaux et des choses deviennent des signifiants. Le signifiant recolle au signifié. Le phallus ne serait idéalement dans la machinerie linguistique qu’un signifiant langagier, mais « ce signifiant [le phallus] est aussi choisi comme le plus saillant de ce qu’on peut attraper dans le réel de la copulation sexuelle, comme aussi le plus symbolique au sens littéral (typographique) de ce terme, puisqu’il équivaut à la copule (logique) [la copule sert à énoncer les propriétés qui définissent le sujet dans les phrases prédicatives. C’est le verbe être qui remplit ce rôle, Paris est la capitale de la France]. On peut dire ainsi qu’il est par sa turgidité l’image du flux vital en tant qu’il passe dans la génération [35]. » Le signifié colle au signifiant comme le scotch aux doigts du capitaine Haddock. Dany-Robert Dufour : « On connaît l’importance des jeux de signifiants dans l’inconscient, mais peut- on pour autant dénaturaliser la psychanalyse ? Si oui, alors, le psychisme est un pur montage symbolique (et nous pouvons faire ce que nous voulons). Sinon, on ne peut faire l’économie d’un nouage au réel de la division sexuelle, de la succession générationnelle [36]. »

Lacan, obstiné, définit l’inconscient comme une forme de savoir qui agit directement sur le corps de l’être parlant. Ce n’est que la pensée mathématique qui permet, sans déchet, sa transmission aux générations futures. En 1969, Lacan affirme qu’on ne peut transmettre la psychanalyse mais, en 1971, il conçoit le mathème pour « désigner une écriture algébrique pouvant rendre compte scientifiquement des concepts de la psychanalyse et permettant de les transmettre en termes de structure [37] ». Lacan, lui aussi, veut arracher le savoir à l’ineffable. Il lui faut élaborer une science du sujet. Il existe une structure de la parole et de l’écrit, autre que la grammaire ou la syntaxe, la structure du signifiant. L’accès à l’inconscient se doit d’être lisible et transmissible [38]. Le mathème (1971) est affiché comme une pure expression du symbolique, du mathématisable et donc du transmissible.

Mais il y a des restes, qui marquent d’une certaine manière les limites de l’analyse. Ce reste, c’est le Réel qui devient bientôt prévalent (SIR RSI). Le Réel c’est l’automatisme de répétition (1964-1965), conséquence d’une mauvaise rencontre, la tuché, non symbolisable, qui revient toujours à la même place, qui ne peut ni se dire ni s’écrire. Le Réel c’est le lieu de la folie, de la pulsion de mort, c’est aussi un défi à la science car il s’agissait d’accrocher le Réel impossible aux signifiants langagiers.

Le langage est fait de lalangue, élucubration de savoir sur la langue. Le rapport du parlêtre avec le corps définit la jouissance. Lalangue est ce qui de la langue maternelle se dépose dans le corps et fait du corps un corps parlant qui jouit. Le corps du parlêtre, le corps de l’être parlant est déterminé par les signifiants de la langue maternelle qui produit des sinthomes. « On apprend à parler et cela laisse des traces et, de ce fait, ça a des conséquences qui ne sont rien d’autre que le sinthome [...] L’analyse consiste à se rendre compte de pourquoi on a ces sinthomes [39]. » Nous assistons au glissement progressif de la linguistique vers la mathématique pure, du symbolique vers le Réel, d’où le nœud borroméen, ou nœud tressé qui désigne les figures topologiques qui retraduisent la trilogie Symbolique- Imaginaire-Réel, SIR, en termes de Réel-Symbolique-Imaginaire, RSI, marquant le primat du Réel, de la psychose [40]. Il se confronte à un autre modèle de structure : la topologie (1972). Il invente une « écriture » qui devient indépendante du symbole. Lacan en arrive à douter de « la possibilité même de l’écriture de la topologie du sujet sur le support anatomique du vivant. Le nœud borroméen (1973) est la métaphore du sujet et la psychose le paradigme du psychisme humain. Ce qui, de fait, annule le concept de maladie mentale. Dès 1951, comme le rappelle Roudinesco [41], Lacan, Benveniste, Guilbaud et Lévi-Strauss travaillaient à établir des ponts entre sciences humaines et mathématiques. Lacan transcrit ses théories en figures topologiques. La topologie étant cette branche des mathématiques qui traite des limites, de la continuité, du voisinage, des espaces, des formes, de leurs dimensions, de la compacité. Le dire devient monstration, nœud à tresse, casse-tête, bande de Moebius, tore, bouteille de Klein, cross-cap. La topologie rend caduque la substantification. Les figures topologiques permettent l’accession par « la formalisation totale à ce Signifiant pur, à cette béance initiale à partir de laquelle viennent se former les nœuds [42]. » Il n’y a ni intériorité ni extériorité dans ces nœuds. Lacan cherche « son modèle dans le schéma de la torsion, du nœud qui brise toute tentative de centration [43]. » Le nœud borroméen proposerait une présentation réelle du sujet et non pas une représentation. Le dessin plutôt que l’écriture. Finnegans Wake, c’est une autre langue, qui naît de la dissolution du discours – Schreber y trouverait-il sa langue fondamentale ? Dissolution du discours, bientôt son abolition ?

Ce qui entraîne inéluctablement Lacan (1978) à de très surréalistes déconstructions : « LOM : en français ça dit bien ce que ça veut dire. Il suffit de l’écrire phonétiquement :ça le faunétique (faun...), à sa mesure : l’eaubscène. Ecrivez ça eaub... pour rappeler que le beau n’est pas autre chose. Hissecroisbeau à écrire comme l’hessecabeau sans lequel hihanappat qui soit ding ! d’nom dhom. LOM se lomellise à qui mieux mieux. Mouille, lui dit-on, faut le faire : car sans mouiller pas d’hessecabeau [44]. » Le désir attrapé par la queue, cette pièce de théâtre de Picasso (1941), dont Lacan est acteur avec Sartre, Beauvoir, Camus et d’autres, en mars 1944, est de retour. Mais c’est plutôt Dada et sa devise « recherchez la liberté sous toutes ses formes » qu’il faut invoquer. Il faut surtout pulvériser le langage, ce langage humain... trop humain, responsable de cette immense boucherie qu’a été la guerre de 14-18. Il faut le détourner de la communication, de la signification, de ces foutaises, libérer la linguistique de la tyrannie du sens. Hugo Ball dans son Manifeste DADA du 14 juillet 1916 : je voulais laisser tomber le langage lui- même, ce sacré langage, tout souillé, comme les pièces usées par des marchands. Je veux le mot là où il s’arrête et là où il commence [...] Pourquoi l’arbre ne pourrait-il s’appeler Plouplouche et Pouploubache quant il a plu ? Ressusciter l’honneur des voyelles, des consonnes, des syllabes. Tristan Tzara, dans ses Sept manifestes Dada : « Les banquiers du langage recevront toujours leur petit pourcentage sur la discussion [45]. »

Roudinesco, en tire cette conclusion : « Lacan transformera, avec certains patients, la séance courte en non-séance. Le passage au degré zéro de la séance allait d’ailleurs de pair avec la tentative faustienne du mathème et des nœuds [46]. » Espérant ainsi réduire à néant l’aléatoire de la parole. Lacan, dès 1970 : « Ce tore existe vraiment et il est exactement la structure du névrosé. Ce n’est pas un analogue ; ce n’est même pas une abstraction, car une abstraction est une sorte de diminution de la réalité, et je pense que c’est la réalité même [47] ! »

II - Les contestations

1) Chomsky. J. Bouveresse : il faut logiquement une limite à la rhétorique, au pouvoir des mots. La réflexion sur le langage doit s’accompagner de celle sur le non-langage. Le langage ne contient pas entièrement la pensée. Chomsky : l’homme n’est pas seulement déterminé par l’extérieur à lui-même, il peut agir.

Bouveresse et Wiggenstein : ce que ne font pas les structuralistes, c’est une analyse sérieuse des instruments linguistiques et conceptuels dont nous nous servons. La grammaire d’une langue, c’est l’ensemble de la description d’une langue et de son fonctionnement, de la production des phrases de cette langue, des règles permettant de générer ces phrases. Les structuralistes comparent volontiers la linguistique, leur grammaire, à la mathématique. Pour Chomsky, cette méthode est empiriste. Le but serait d’établir une grammaire à partir du son, élément concret qui devient phonème, la partie la plus discrète de la langue parlée. L’apprentissage se ferait par induction à partir des expériences fournies par nos sens. Le cerveau, au départ, serait une ardoise vierge. Mais pour Chomsky, une grammaire est une théorie du langage (lois, axiomes, postulats, hypothèses) qui s’insère dans une structure générale d’un système de savoir. La théorie linguistique exige une théorie phonétique générale (étude des sons dans la communication parlée), une théorie syntaxique générale (les mots se combinent pour former des phrases) et une théorie sémantique générale (des signifiés, de ce que l’on veut énoncer). La théorie linguistique étudie les contraintes qu’elle impose sur ce qui compte comme langue humaine possible.

Pour Chomsky, une grammaire est un système axiomatisé qui génère l’ensemble des phrases d’une langue : les procédés empiriques ne suffisent pas à tout expliquer. Certaines propriétés linguistiques rapidement acquises par l’enfant, étant donné la pauvreté des stimuli, ne peuvent pas découler de ce qui est proposé par l’apprentissage éducatif. Il faut donc présumer d’autres constructions théoriques que le simple empirisme, l’induction ne suffit pas. Il existe des universaux de langage : chaque enfant est équipé à la naissance d’une connaissance implicite de ces universaux, sinon il serait incapable d’apprendre une langue. Les universaux imposent une forme que l’enfant doit reconnaître. D’où le concept de grammaire générative et transformationnelle. Il existe une connaissance innée d’une grammaire élémentaire, commune à tous les langages humains, universelle, acquise indépendamment de l’intelligence non verbale cognitive, ce qui est en accord avec les théories darwiniennes de l’évolution. Comme pour l’ouïe ou la vision il existe un « organe » de la grammaire langagière, une « phylogénie du langage ». Cet organe mental comprend un système de règles qui relie la représentation à la forme logique par l’intermédiaire de la syntaxe. Pour Chomsky, le concept de nature humaine existe. Il s’agit de génétique, de développement adaptatif, de l’appareil mental langagier. « L’être humain appartient au monde biologique : sa constitution physique, ses organes et leurs principes de maturation sont déterminés génétiquement. Il en va de même pour le monde mental. L’esprit humain consiste en un système de facultés (le langage) et chacune de ses facultés détient son caractère et sa croissance d’un facteur biologique donné. Les structures psychiques comme le reste du corps, grandissent avec le temps, l’effet de l’environnement étant limité [48]. »

Stanislas Dehaene : « Derrière la surface des langues humaines [...] l’esprit humain est contraint génétiquement [...]. Toutes les grammaires humaines obéissent au même patron. Seuls quelques paramètres varient [...] C’était l’idée de Noam Chomsky, elle est assez bien démontrée maintenant [49] ».Toutesles langues du monde font appel aux mêmes circuits neuronaux, y compris pour le langage des signes chez les personnes sourdes. Peu d’informations sont nécessaires pour connaître dès un an la langue maternelle. L’organe mental ce n’est pas la langue, c’est la grammaire. La langue n’est pas innée, ce qui l’est, c’est le mécanisme d’acquisition du langage. La grammaire universelle c’est la théorie de l’organe langagier avant tout apprentissage, ce pour toutes les langues, indispensable à l’acquisition de toute connaissance. Elle est indépendante du sens. Le but du langage n’est pas seulement la communication intentionnelle, il s’agit plutôt de l’expression d’une pensée. Le langage parlé est apparu il y a environ 300 000 ans, rendu possible par certaines modifications génétiques spécifiques à la lignée humaine comme sur le gène FOXP2. Ce qui permet de nouvelles capacités mentales pour se représenter autrui, le monde, ce jusqu’aux systèmes symboliques qui, avec les 26 lettres de l’alphabet et 36 phonèmes, permet de prodigieuses combinaisons et le jaillissement de diverses activités culturelles. Langage graphique, musical, (la plus ancienne flûte date de 35 000 ans) et mathématique, plus ancien que le parlé. Les progrès de l’intelligence, sous le poids de la nécessité, sont permis par la syntaxe, par l’arrangement des mots. S. Dehaene : « Mon hypothèse est que cela s’est passé dans cet ordre : en premier, c’est ma capacité de représentation mentale qui a augmenté. Je dispose alors d’informations nouvelles que j’ai acquises, d’inférences que j’ai pu faire, et il devient très utile – une nouvelle pression de la sélection naturelle s’applique – de les partager avec les autres [50]. » La pensée d’abord, puis l’intersubjectivité. Mais pour Chomsky, une sémantique universelle est impossible car le sens d’une expression linguistique ne peut être séparée de la connaissance du monde, il dépend d’autres systèmes cognitifs comme notre système de croyances. Grammaticalité et signification ne sont pas les mêmes choses.

Les linguistes fonctionnalistes n’expliquent pas l’acquisition du langage, ils se contentent de décrire les corpus linguistiques. Pour Foucault, en bon structuraliste, le concept d’une nature humaine indépendante des conditions sociales, culturelles, à une époque donnée, ne saurait exister. Jugement de Chomsky : Foucault considérait la connaissance scientifique comme une grille de conditions sociales et intellectuelles, comme un système, dont les règles permettent la création d’un nouveau savoir. Il était sceptique quant à la possibilité ou la légitimité d’une tentative pour situer toute origine importante de la connaissance et du savoir humains à l’intérieur de l’esprit humain conçu de manière anhistorique. Alors que pour Chomsky la créativité résulte de l’usage banal et quotidien du langage humain et de l’action humaine en général. Pour Foucault, celle-ci ne dépend que de la
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base sociale, intellectuelle, commune à tous, conditionnant l’imagination scientifique (l’épistème). Pour lui, il n’y a pas d’inventeurs mais un savoir qui est un système non clôturé, indépendant des individus. Argument de Chomsky : la science ne peut prévoir les exploits des artistes ou les découvertes de ces mêmes scientifiques. Descartes affirmait que l’homme n’est pas un perroquet. La procédure de découverte fait partie du bagage génétique. Chomsky, du côté de l’individu créateur, Foucault, du côté du sujet imposé par la structure socioculturelle.

Lacan répond à Chomsky dans le Livre XII « Problèmes cruciaux pour la psychanalyse [51]. » Mais cela date de 1964. Il prend acte du but de Chomsky : formaliser, établir des signes algébriques, mais il exclurait la vraie question du sujet. Pour Lacan, « chercher dans une chaîne signifiante grammaticale la signification est une entreprise d’une futilité extraordinaire. » L’inconscient, dit Lacan, structuraliste, ce sont des idées, des pensées qui n’ont rien à voir avec la signification. Et le sujet, en dernière analyse, n’est rien d’autre que ce qui pense « donc je suis ». L’ombilic du sujet n’est que le moment où il s’évanouit sous le sens, où le sens le fait disparaître comme être, car le « donc je suis » n’est qu’un sens. « Le fait que le signifiant représente le sujet pour un autre signifiant. C’est une formulation suffisamment ferme. [...] Pourquoi dès lors est-ce que ce discours sur le signifiant peut conserver quelque obscurité ? Est-ce parce que pendant un certain temps, je l’ai voulu, par exemple ? Oui ! Et qui est ce "je" alors ? Il est peut-être interne à ce nœud de langage qui se produit quand le langage a à rendre compte de sa propre essence. Peut-être est-il obligé, qu’à cette conjecture se produise obligatoirement quelque perte ? C’est exactement, conjoint à cette question de la perte, de la perte qui se produit chaque fois que le langage essaie dans un discours de rendre raison de lui-même, que se situe le point d’où je veux partir pour marquer le sens de ce que j’appelle "rapport du signifiant au sujet" ». La philosophie, hégélienne en particulier, serait chargée de masquer le côté radical et la fonction originante de cette perte. Autre manière de détourner le regard : la signification et faire du sujet cette entité qu’on appelle « l’esprit humain » et de les mettre avant le discours (Chomsky a toujours récusé le concept de système sémantique universel), c’est le péché originel de la dite psychologie du développement.

La maxime de Chomsky doit se méditer : toute personne qui enseigne à cinquante ans ce qu’elle enseigna à vingt-cinq ans ferait mieux de faire autre chose. Si en vingt-cinq ans rien n’est arrivé qui vous a prouvé que vos idées sont fausses c’est que vous n’êtes pas dans un champ vivant [52].

2) L’Histoire, cette pierre d’achoppement...

Dès 1951, dans L’échange et la lutte des hommes, Claude Lefort récusait l’expérience du don réduite, selon Lévi-Strauss, à la mathématique. Ne pas oublier la fête du potlatch qui traduit une communication humaine positive mais qui peut aussi bien se terminer par un massacre. Maurice Godelier se demande pourquoi la machine structurale se met-elle à fonctionner ? Sur un coup de dés ? Pour Godelier, il faut prendre en compte le politico-religieux. « Agir c’est s’efforcer d’atteindre les buts que les humains poursuivent. » Cela mobilise, intellect et affects. « Il ne suffit pas d’imaginer que l’impossible est possible. Il faut en plus y croire. » Les universitaires américains invoquent l’agency : « Tel est le mot qui souligne l’insertion de l’individu dans un environnement de contraintes avec lesquelles il compose pour agir aussi librement que possible [53]. » Illusion, selon Lévi-Strauss. Pour Kojève, inspirateur de Lacan, le désir humain n’est jamais un désir d’objet concret, il ne désire pas la satisfaction d’un appétit ou d’un corps, ce qui caractérise l’animal, toujours identique à lui-même, mais un désir de reconnaissance du Désir, d’un autre Désir humain. La réalité humaine c’est la lutte à mort de deux désirs qui s’affrontent. Il faut donc que l’un abandonne la lutte, son désir, reconnaisse l’Autre comme maître et soit reconnu comme esclave. L’Histoire est l’histoire de l’Esclave qui veut être reconnu. Le Maître, lui, jouit de la destruction du travail de l’Esclave. L’Esclave doit dépasser la crainte d’une mort infligée par le Maître et gagner sa liberté. Il existe des différences entre Kojève et Lacan. Kojève dans son Introduction à Hegel : « L’existence humaine n’est possible que là où il y a quelque chose qu’on appelle leben, vie biologique, animale. Car il n’y a pas de Désir sans vie. » Autre point, le rapport à l’Histoire. Lacan : « Cette chose que je déteste, pour les meilleures raisons, c’est à dire l’Histoire. L’Histoire est précisément faite pour nous donner l’idée qu’elle a un sens quelconque. » [54]

* **

Le refus absolu de prise en compte de l’économie et même de la dynamique pulsionnelle rend difficile l’appréhension structurale de certaines cliniques. Les divergences entre Lacan et Jean Laplanche se sont faites jour dès le Congrès de Bonneval en 1960. Pour Laplanche ce sont l’inconscient et la pulsion qui sont la condition du langage et non l’inverse. Il existe et des représentations de chose et des représentations de mot. Ce qui permet à Lanteri-Laura de rappeler que le contenu latent du rêve selon Freud est un rébus, des petites figures qui se déchiffrent soit de manière phonologique, soit de manière sémantique. Sens ou son. Impossible d’ignorer la sémantique, les signifiés d’une langue attestée.

Et ce qui est déplacé c’est de l’énergie pulsionnelle à l’état pur. Il faut insister sur ce grand absent systématiquement écarté par le structuralisme : le quantum d’affect. Seuls des psycha- nalystes dinosauriques peuvent prendre au sérieux la nécessité freudienne de considérer les points de vue dynamique et économique des phénomènes psychiques. Des forces, traductrices d’une poussée pulsionnelle, peuvent s’opposer, créer des conflits, des compromis. Les processus psychiques ne sauraient s’envisager sans la circulation, la répartition d’une énergie quantifiable dont la source réside dans une excitation corporelle (état de tension). On évoque somme d’excitation, investissement, déplacement, condensation, exigence de travail psychique imposée par la pulsion. Citons Laplanche et Pontalis [55] : « Freud allait jusqu’à penser que cette grandeur quantitative pouvait être, en droit, l’objet de mesures et le serait peut-être, en fait, dans l’avenir. » Michel Freitag, québécois, dans Introduction à une théorie générale du symbolique, soutient que le développement du symbolique et du langage pur construit exclusivement à partir du principe de l’arbitraire du signe, de la seule différenciation formelle des signifiants, est, en fait, dans une relation de dépendance à l’égard du développement de la sensibilité et de l’expression affective animales qui lui servent de base [56]. L’angoisse est à la charnière du corps et du signifiant.

Le pathique est une dimension sous-estimée (Jean-François Rey [57]) qui, pourtant, répond à celle, freudienne, du ton fondamental, de l’affect. Pathique d’où dérivent passion, passible, passivité. Husserl évoque une synthèse passive, singulière, oubliée, en deçà de l’activité productrice. Von Weisäcker dans sa Pathosophie [58] parle du commerce entre humains, entre le monde et l’humain, qui n’est pas la communication, qui n’est pas la langue de la communauté. Erwin Strauss [59] dans Du sens des sens distingue le moment pathique, l’expérience vécue, du moment gnosique. Le comment de vie, ce que Canguilhem appelle les allures de vie, ne se réduit pas au pourquoi. Mencius, disciple de Confucius (380-289 av. J.-C.) : quiconque aperçoit un enfant qui tombe dans un puits n’est pas un homme s’il n’est pas saisi de frayeur et qu’il ne tente rien pour le rattraper.

Nous tentons de saisir ce pathique dans le sourire, la grimace, dans le « il fait beau aujourd’hui », le « sale temps aujourd’hui », le « comment vas-tu ? », questions dont nous n’attendons pas de réponse. Le pathique surgit au travers de la souffrance de la chair, de la réceptivité à la surprise qui permet l’évènement, la tuchê, cette rencontre entre le hasard et le réel. L’artisan psychiste (Tosquelles) jauge de la présence de l’autre, de son style, dans l’immédiat : il n’y a pas à réfléchir. Cette qualité pathique convoque les sentiments les plus primordiaux, ceux que Max Scheler nomme les sentiments vitaux, en-deçà du représentatif : de la tristesse douloureuse à l’allégresse la plus vive avec des ruptures, des fluctuations qui entrainent des variations du paysage, des ambiances nouvelles, des rythmes différents, des remises en forme, des entours (Jean Oury [60]), des émergences. Importance du « laisser se déployer », du « laisser advenir » qui laissent entrevoir une lueur dans l’opacité d’autrui.

Or chez Lacan nous nous confrontons à une formalisation absolue de la structure de l’homme. L’inconscient est un effet du langage, de ses règles, de ses codes. Mot d’ordre dans le Séminaire XI : Lacan contre Hegel. Contre la dialectique imaginaire du maître et de l’esclave, contre la dimension intersubjective du « je-tu » se déploierait le Désir symbolique, le règne du signifiant. Il ne saurait être question du « je désire » mais d’un Désir symbolique qui devient la cause d’un clivage dont le sujet n’est qu’un effet. Simonelli : « C’est le langage d’abord, grâce à la logique autonome des symboles, c’est la pensée ensuite, comme résultat des mouvements immanents du signifiant, et le sujet tout entier qui se voit relayé par l’Autre, le lieu du symbolique [61]. » Sujet sans Moi, sans corps, sans pensée, sans liberté. Le monde humain, n’est plus que « l’expression des possibilités aprioriques de la "causalité" du signifiant [62] ». Le désir symbolique est soumis au signifiant qui travaille à sa place. Il n’y a pas de subjectivité qui ne dépende du symbolique. Il ne s’agit pas, selon Simonelli, d’une argumentation mais d’un postulat [63].

Ceux qui considèrent que l’homme n’a rien à voir avec l’animal doivent s’interroger : le premier homme ayant disposé du premier signifiant langagier, de la première opposition entre deux phonèmes (élément sonore du langage parlé, unité distincte, en français 36 phonèmes, 16 voyelles et 20 consonnes) n’avait pourtant rien à dire n’ayant aucune expérience humaine. Il ne pouvait s’en sortir que grâce à un signifiant flottant, non encore fixé à un signifié. Mais d’où provient ce signifiant premier, sans précurseur ? Ne s’agit-il pas d’un homuncule ? Les bases anatomiques et génétiques du langage contemporain sont apparues il y a 600 000 ans, le plus vieil Homo sapiens n’a que 300 000 ans.

Comment penser dans le cadre d’une « élucidation approfondie d’une structure névrotique [64] » (Laplanche et Pontalis) un concept aussi freudien que celui de choix de la névrose – faut- il écarter plus sèchement celui, éventuel, de choix de la psychose – ? Toujours Laplanche et Pontalis : « Il n’est pas indifférent que, dans une conception qui se réclame d’un déterminisme absolu, apparaisse ce terme qui suggère qu’un acte du sujet est nécessaire pour que les différents facteurs historiques et constitutionnels mis en évidence par la psychanalyse prennent leur sens et leur valeur motivante [65]. » Foucault rejoint Chomsky et Maurice Godelier : l’homme agit à la recherche du plaisir et du bonheur, la philosophie, à la fois, dit le vrai et prescrit les techniques de transformation du sujet.

Françoise Sironi dans Bourreaux et victimes, écrit à propos de la torture que le trauma subi entraîne sidération, mort psychique. « Pour penser, il faut être clôturé, délimité, ce qui n’est plus le cas chez nos patients [66]. » Se pose la question du devenir d’un sujet dévasté. Destruction du pare-excitations, cette construction dont la fonction est de protéger l’appareil psychique contre les excitations du monde extérieur. Il n’y a plus d’énergie disponible pour le travail de la pensée, l’hallucination de désir. Effroi, répétition, angoisse-catastrophe, angoisse automatique, stupeur règnent dans ce tableau et non plus l’angoisse signal d’alarme. Le trauma peut-il toujours se rapporter à la réminiscence d’un fantasme intégrable dans une structure ? L’au-delà du principe de plaisir est-il formalisable ?

Que faire alors du hasard, du fortuit, de l’accidentel, de la mutation, de l’aléatoire –le propre de la biologie selon Canguilhem – ? Les aléas de l’existence ne s’affichent que comme patine de la nécessité. La linguistique n’est pas la biologie qui constate que le fameux message de l’hérédité, transmis de génération en génération, personne ne l’a jamais écrit. Fabrication d’êtres compliqués, bizarres, résultat d’une évolution qui, selon François Jacob, place un moteur à réaction sur une charrette à bras. Accidents garantis. Très à minima, de Saussure constatait déjà que le temps altérait les signes linguistiques, déplaçait le rapport entre signifiant et signifié. Pour éviter les décrépitudes langagières, la diachronie, nous pouvons choisir de ne suivre que le signifiant comme Lacan ou encore mieux recourir à la topologie.

Vincent Descombes ne se prive pas, lui aussi, de souligner les torsions structuralistes de Lacan. Descendant du Sinaï, Moïse est censé rapporter au peuple hébreu les Tables de la Loi écrites par Yahvé, le Dieu d’Israël. Lacan, dans Remarque sur le rapport de Daniel Lagache (1960) : « Or sur ces tables, rien n’est écrit pour qui sait lire hormis les lois de la Parole elle-même [67]. » Soit, selon V. Descombes, l’énoncé des lois de l’énonciation. « La réflexion de la vox populi sur les flancs du Mont Sinaï, revient en écho à son émetteur "sous une forme inversée [68]". » Elle est modifiée en Grosse voix surmoïque, en vox Dei. Le Désir du peuple hébreu, qui est le sujet de l’énonciation – cette rumeur signifiante – est interprétée par l’oreille analytique de Moïse et, du coup, il devient la Loi du Décalogue gravé dans la pierre. Mais l’Exode dit bien autre chose que la soumission de l’homme aux lois de la parole. En fait le peuple fête le veau d’or, offre des sacrifices de paix, s’assoit pour manger et boire, se lève pour l’amusement. D’où la colère de Yahvé qui ordonne à Moïse de descendre du Sinaï : « Va, descends ! Parce que ton peuple s’est perverti. Ils ont fondu pour eux-mêmes un veau, ils se sont prosternés devant lui, lui ont sacrifié, et ils ont dit : voici tes dieux, Israël [...] que ma colère contre eux brûle [69]. » Moïse arrive au camp, messager de cette colère : « Il voit le veau et les danses, il jette de sa main les tables et les brise au bas de la montagne. Il prend le veau qu’ils avaient fait, il le brûle au feu [...] Moïse se place à la porte du camp et dit : Qui est pour Yahvé, qu’il me suive [...] Qu’on dégaine l’épée ! Passez et retournez de porte en porte dans le camp et tuez ; chacun son frère, chacun son compagnon, chacun son prochain ! Les fils de Levi font selon la parole de Moïse : il tombe du peuple en ce jour environ trois mille hommes. Moïse dit : recevez aujourd’hui l’investiture de Yahvé, parce que chacun de vous s’est dressé contre son fils et contre son frère, il vous donne aujourd’hui sa bénédiction [70]. » Le symbolique langagier, le contrat social, le pacte ne suffisent pas à appréhender la démesure, la monstruosité, la violence du sacré, du religieux. Comme le disent Descombes [71] et Kojève, les alliances matrimoniales, les contrats commerciaux, les codes, donc le symbolique, ne peuvent donner naissance qu’à une zone de libre-échange, une association de boutiquiers qui suent le ressassé et transpirent le pléonasme.

Conclure : chacun sait que Lanteri-Laura découpait l’évolution de la psychiatrie selon trois paradigmes. L’aliénation mentale, du siècle des Lumières du milieu du XIXe siècle puis les maladies mentales jusqu’au premier quart du XXe siècle, puis les structures psychodynamiques. Nous avons fait s’équivaloir structure et système. Reste à définir le concept de paradigme dans ses différences avec celui de théorie sous-tendu par des lois, axiomes, postulats scientifiques. Pour Lanteri-Laura un paradigme est « une conception assez globale qui, pendant toute la durée d’une certaine période, servira à réguler tout un ensemble de connaissances alors en usage [ne se déduisant pas d’une théorie] qui sera la délimitation et l’organisation d’un certain domaine où des possibles pourraient aussi bien se compléter que s’opposer [72]. » La substitution d’un paradigme à un autre n’équivaut d’ailleurs pas à sa disparition. Humilité et esprit critique s’avèrent donc nécessaires. Piera Castoriadis-Aulagnier abandonne le concept de structure au profit de celui de problématique. Et il nous faut refuser l’idée d’un modèle hégémonique de l’homme dont nous pourrions déduire une anthropologie pathologique qui signifierait l’achèvement de la science. La question centrale reste celle d’une connaissance empirique et néanmoins rationnelle de la pluralité qui échappe à la rage de l’unification [73]. (Lanteri-Laura). Ne pas méconnaître ce que le même Lanteri-Laura appelait le « savoir de prestige ».


[1Baudeneau J. et Bégué C. Littré, dictionnaire de la langue française, supplément. Paris : Encyclopaedia Britannica ; 1983.

[2Foucault M. Naissance de la clinique. Paris : PUF ; 1963, p. 114.

[3Foucault M. Ibid. p. 115.

[4Foucault M. Ibid. p. 122.

[5Foucault M. Ibid. p. 202.

[6Foucault M. Ibid. p. 201.

[7Descombes V. « L’équivoque du symbolique » Cahiers Confrontation. Paris : Aubier, printemps 1980 ; n°3, p. 81.

[8Lévi-Strauss C. « Mathématiques de l’Homme », Bulletin international des sciences sociales. Paris : Unesco, 1954 ; Volume VI, n°4, p. 643-653.

[9Lévi-Strauss C. Les structures élémentaires de la parenté. Paris : Mouton ; 1949.

[10Broué M. « Notes de présentation de la conférence du 17 mars 2010 : Des lois du mariage à Bourbaki », cité par P. Lavoie. Ibid, p. 10-11.

[11Lévi-Strauss C. Le totémisme aujourd’hui. Paris : PUF ; 1962, p. 101.

[12Godelier M. Lévi-Strauss. Paris : Seuil ; 2013, p. 413.

[13Lévi-Strauss C., cité par M. Godelier, Ibid. p. 419.

[14Lévi-Strauss C., cité par M. Godelier, Ibid. p. 419.

[15Petitot J. « Approche morphodynamique de la formule canonique du mythe », cité par M. Godelier Ibid. p. 421.

[16Scubla L., cité par M. Godelier, Ibid. p. 422.

[17Lévi-Strauss C. « Leçon inaugurale au Collège de France », Anthropologie structurale deux. Paris : Plon ; 1973, p. 24.

[18Lévi-Strauss C. La pensée sauvage. Agora. Paris : Plon ; 1962, p. 294.

[19Lévi-Strauss C. Ibid. p. 327-328.

[20Lévi-Strauss C., cité par M. Godelier Ibid. p. 445.

[21Cavaillès J. Cité par Dosse F. Histoire du structuralisme. Le chant du signe, 1945-1966. Paris : La Découverte ; 1992, Tome I, p. 113.

[22Lacan J. Le Séminaire, livre II. Paris : Le Seuil ; 1977, p. 63.

[23Lacan J. Ibid. p. 63.

[24Lacan J. Ibid. p. 43.

[25Lacan J. Ibid. p. 44.

[26Scubla L. « Le symbolique chez Lévi-Strauss et chez Lacan », Revue du MAUSS, 2011 ; n°37, p. 253-269.

[27Lacan J. Ibid. p. 43.

[28Lacan J. Ibid. p. 45.

[29Lacan J. Ibid. p. 47.

[30Lacan J. Ibid. p. 63.

[31Lacan J. Ibid. p. 49.

[32Roudinesco E., Plon M. Dictionnaire de la psychanalyse. Paris : Fayard ; 1997, p. 657-658.

[33Lacan J. Ibid. p. 353.

[34Juignet P. « Lacan, le symbolique et le signifiant », Cliniques Méditerranéennes : Eres, 2003/2 ; n°68, p. 136.

[35Lacan J. « La signification du phallus », Ecrits. Ibid. p. 692.

[36Dufour D-R. « Quel est le sujet de l’analyse ? », La psychanalyse en procès, Le Nouvel Observateur. Hors-série, octobre-novembre 2004 ; n°56, p. 51.

[37Roudinesco E., Plon M. Dictionnaire de la psychanalyse. Paris : Fayard ; 1997, p. 657-658.

[38Cesbron Lavau H. « Mathème », Dictionnaire international de la psychanalyse, sous la direction de M. de Mijolla. Paris : Pluriel ; 2013, p. 1032.

[39Lacan J. « Le moment de conclure », Le séminaire XXV, Inédit ; 10/01/1978.

[40Roudinesco E., Plon M. « Nœud borroméen », Ibid. p. 722.

[41Roudinesco E. Jacques Lacan. Ibid. p. 469.

[42Dosse F. Histoire du structuralisme. Le chant du cygne, 1967 à nos jours. Paris : La Découverte ; 1992, Tome II, p. 250.

[43Dosse F. Ibid. Tome II, p. 250.

[44Roudinesco E. Jacques Lacan. Ibid. p. 483.

[45Tzara T. Sept manifestes Dada. Imprimé en Hollande : J-J. Pauvert ; 1963, p. 49.

[46Roudinesco E. Jacques Lacan. Ibid. p. 513.

[47Lacan J. « Of structure as an inmixing of an otherness prerequisite to any subject whatever » The langages of criticism and the sciences of Man. Baltimore : The Johns Hopkins University Press ; 1970, p. 195-196.

[48Chomsky N. Ibid. p. 107.

[49Dehaene S., Le Cun Y., Girardon J. La plus belle histoire de l’intelligence. Paris : Robert Laffont ; 2018, p.79- 80.

[50Dehaene S., Le Cun Y., Girardon J. Ibid. p. 74-75.

[51Lacan J. « Problèmes cruciaux pour la psychanalyse » Livre XII. http://staferla.free.fr/S12/S12.htm … E.L.P. (sténotypie), Problèmes cruciaux... version critique de Michel Roussan. Séance du 2 décembre 1964.

[52Chomsky N. Ibid. p. 181.

[53Prochasson C. Voyage d’un historien à l’intérieur de l’État. Paris : Fayard ; 2019, p. 14.

[54Lacan J. « L’amour et le signifiant ». Le Séminaire, livre XX. Paris : Le Seuil ; 1975, p 45.

[55Laplanche J., Pontalis J-B. Vocabulaire de la psychanalyse. Paris : PUF ; Edition 1973, p. 127.

[56Freitag M. Introduction à une théorie générale du symbolique. Montréal : Liber ; 2011, p. 14.

[57Rey Jean-François. « Note sur un concept sous-estimé, le pathique. » LNA#59, cycle raison, folie, déraisons//culture.univ-lille1-fr ; 2012.

[58Weisäcker Von Viktor. Pathosophie. Grenoble : Millon ; 2011.

[59Strauss Erwin. Du sens des sens. Contribution à l’étude des fondements de la psychologie.
Grenoble : Millon ; 2000.

[60Oury Jean. « Transfert, mutiréférentialité et vie quotidienne dans l’approche thérapeutique de la psychose. » Cahiers de psychologie clinique, 2003/2 ; n°21.

[61Simonelli T. « Kojève ou Lacan », http://www.psychanalyse.lu/ articles/SimonelliKojeveLacan.htm, p. 16.

[62Simonelli T. Ibid. p. 16.

[63Simonelli T. Ibid. p. 17.

[64Laplanche J. et Pontalis J-B. « Choix de la névrose » Vocabulaire de la psychanalyse. Paris : PUF ; 1973, p. 63.

[65Laplanche J. et Pontalis J-B. « Choix de la névrose ». Ibid. p. 63.

[66Sironi F. Bourreaux et victimes. Paris : Odile Jacob ; 1999, p. 84.

[67Lacan J. « Remarques sur le rapport de Daniel Lagache », Ecrits. Paris : Le Seuil ; 1966, p. 684.

[68Descombes V. « L’équivoque du symbolique », Cahiers Confrontation. Ibid. p. 90.

[69« L’Exode », La Bible, nouvelle traduction. Paris : Bayard ; 2001, 32, 26-29, p. 188.

[70« L’Exode », Ibid. p. 189.

[71Descombes V. Ibid. p. 92.

[72Lanteri-Laura G. Essai sur les paradigmes de la psychiatrie moderne. Paris : Editions du temps ; 1998, p.42.

[73Lanteri-Laura G. « La connaissance clinique. » L’évolution psychiatrique. Paris : Privat, avril-juin 1982 ; Tome 47, fascicule 2, p. 465-466.

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