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Le Psychiatre et ses théories

D 30 mai 2016     H 18:30     A Albert Le Dorze     C 1 messages


 

Exposé au Colloque CEP (Cercle d’épistémologie en psychiatrie) - Clinique de psychothérapie institutionnelle de La Chesnaie - 30 avril 2016 - Docteur Albert Le Dorze 20 Rue Blanqui, 56100 Lorient.

 

 

Le clivage entre La chair et le signifiant est classique ; entre une conception de la pensée, de la culture qui considère l’homme comme un animal vivant, soumis aux lois darwiniennes de la sélection naturelle, au hasard des mutations génétiques et une autre qui, pour le définir, récuse tout recours à la nature, au corps biologique afin d’en faire un sujet, soumis lui, à la mathématique des signifiants langagiers.

La chair

Il existe des évolutionnistes, comme Lamarck, pour qui, il existe une flèche du Progrès depuis le big bang jusqu’à l’homo sapiens sapiens et qui croient à l’hérédité des caractères acquis par l’homme à la sueur du front.

Certains y voient la main de Dieu, d’autres le sens de l’Histoire. Un mouvement français, la biocratie, a souhaité gouverner selon les lois de la biologie. L’eugénisme qui vise à l’amélioration scientifique du patrimoine génétique de l’humanité peut-être positif : amélioration des conditions de vie des reproducteurs, puériculture, contraception. De la barbarie à la civilisation somme toute.

Mais ce sont les médecins aliénistes qui, confrontés aux stigmates de la dégénérescence, ont voulu éviter la naissance d’anormaux dont les ancêtres étaient déjà des anormaux. L’eugénisme négatif prescrit l’interdiction des nocifs métissages, des stérilisations, des avortements, des castrations, euthanasies obligatoires. Un chapitre du livre est consacré à l’eugénisme nazi qui exige le meurtre des anormaux. Soulignons la position ambigüe, à propos de l’eugénisme négatif d’Etat, des biocrates de Progrès comme E. Toulouse, J. Rostand, P. Robin.

Ne nous cachons pas, non plus, que le concept de dégénérescence a souvent permis la hiérarchisation raciste des ethnies et de leurs cultures. Voilà pour la chair !

Le signifiant

Pour les adeptes du signifiant, le Désir humain n’est pas un Désir d’objet concret mais un Désir de reconnaissance du Désir. Le discours, le concept, anéantissent la Chose, le donné. Le corps parlant devient un corps parlé par La Loi d’un inconscient extérieur, invariant, transindividuel, peu sensible au vent de l’Histoire, le symbolique. L’expérience vécue, l’affect, l’empirisme ne sont plus que des entités contingentes. Il est pourtant difficile d’abolir, chez Freud, toute référence à la sensorialité, à la biologie, à la phylogénèse.

Ce jour ?

Ce jour, nous pourrions, par la technique, augmenter l’homme et, avec les trans- et les post- humanistes, supprimer la mort et le hasard. Dès lors, il n’y aurait plus de dégénérescence de la chair et l’inconscient langagier serait jeté dans les poubelles de l’Histoire.

1 Messages

  • Cher Albert,

    Tu me fais penser à une incroyable éponge, qui s’ouvre volontairement à tous les courants d’idée, depuis Rome et la Renaissance, jusqu’à aujourd’hui, et qui absorbe, absorbe. De temps en temps, tu presses l’éponge : un tout aussi incroyable jus concentré en ressort, qui nous montre la somme de travail que tu as fournie entre-temps. On le voit en suivant tes parutions, qui sont autant d’ "entre-chocs" complexes, mais où la conclusion reste toujours très prudente. J’en profite pour faire quelques commentaires à leur sujet.

    Comme dit le journaliste d’Ouest France, en 2006, tu es un vagabond de la psychanalyse et ta pensée est complexe (en fait, il n’a peut-être pas compris grand chose à ce que tu écris) ; il lui semble tout de même comprendre que tu voudrais détruire les vieilles visions du monde. Je pense que c’est leurs prétentions qui t’énervent, mais que tu assumes ton devoir moral d’être ouvert aux mondes des patients et de tout ce qui peut les influencer. Tu parles pourtant d’avoir des "certitudes", comme le promeut ton livre "Vagabondage psy" en 2006. En fait, il s’agit de vagabonder… de certitude en certitude, hors de la "douillette demeure identitaire". C’est le fond de tes livres ultérieurs aussi. Tu n’aimes pas les idéologies fermées.

    Dans ton livre de 2009 : "La politisation de l’ordre sexuel", le lecteur est bousculé par les "queers" et leurs revendications véhémentes, leur dialectique pas claire entre identité de groupe et individuelle. Cela m’a fait réfléchir à l’incroyable artifice précautionneux du fétiche, qui ne détruit pas du tout le sexuel, mais le travestit. Il me semble que c’est le monde du fétiche, bien refoulé socialement, qui apparaît dans ces courants nouveaux. Toutefois, il manque un peu, dans ton livre, le développement des sexualités de groupe, refoulées aujourd’hui dans le refus crispé de la polygamie, par exemple.

    Dans ton livre : "Humanisme et psy", en 2010, tu racontes les relations à couteaux tirés entre l’humanisme démocratique venant des lumières et l’anti-humanisme à base darwinienne et techno-scientifique, nos deux mamelles en psychiatrie, qui s’entrechoquent sous le regard supérieur, dis-tu, de la "Très Sainte Epistémologie, à savoir la Science surveillante en chef des sciences". Tu dis que notre rôle de psychiatre "ne peut que nous rendre perméables à une ontologie de la vulnérabilité". La vulnérabilité, c’est l’autre face de la résilience. N’en revient-on pas finalement avec ça, comme Freud et son socle biologique, à l’irresponsabilité foncière du malade ? Certains résiliants ne cherchent-ils pas pourtant, à tout prix, à justifier leur maladie psychique dans l’élaboration acharnée de "sinthomes", du genre délire extensif ou justification de l’impuissance ? Il faut arriver à sortir de H. Ey et du monisme du "pauv’malade" déstructuré par une cause interne, ce qui existe aussi, naturellement, mais pas seulement.

    Dans ton livre de 2011, intitulé "De l’héritage psychique", tu "confrontes" transmission (temporelle) et communication (spatiale), la transmission collective et la rupture de la singularité, la culture et la biologie, les psy analystes trop sectaires et les biologisants moins bouchés qu’on pourrait le croire. Encore le terreau du corps sous tous ses aspects, avec la volonté de garder une certaine humilité de principe. Tu ne dépasses guère ces entre-chocs, mais on sent que cela ne te satisfait guère. Il y manque, à mon avis, une compréhension plus élaborée de la symbolisation du temps et de celle, différente, de l’espace. Ce sont deux façons non-concurrentes, non confrontables, d’aborder le Symbolique.

    Puis vient un livre aussi dense que les autres, de 350 pages, paru en 2014 et intitulé "Cultures, métissages et paranoïa". Livre écrit à la lumière du post-colonialisme et de la mondialisation actuelle. Tu commences par citer un poème de Louis-René des Forêts, écrivain résistant, qui a fondé en 1954 le "Comité contre le guerre d’Algérie", avec Edgar Morin, notamment. Tu dis : "Il s’agirait, encore toujours, du Même et de l’Autre, de nous, confronté à l’étrangeté, à l’étranger que nous désirons, simultanément et successivement, accepter et trucider" > Psychopathologies en conséquence. Déferlement de haine de la différence. La certitude délirante paranoïaque, qui justifie les envies de passages à l’acte horribles ou le sentiment inaltérable de persécution de la paranoïa sensitive. L’idéologie du Droit inaliénable des peuples et le métissage comme arme contre le Droit des peuples. Le racisme et la négritude. Quelle est la responsabilité de Breivik ou de Merah, ou celle en général du paranoïaque ?

    Pour finir, ton article de 2015 : "De l’incarnation, du poids du corps". Tu y poses la question du transhumanisme, qui veut améliorer le corps et ses capacités, quitte à l’hybrider, et du post-humanisme qui attend l’apparition d’une Intelligence artificielle hors-corps et la Singularité. Tu conclus avec la question, pour l’humain, d’une possibilité de structures symboliques fondamentales, atemporelles (c’est à dire mythiques), ou alors d’une possibilité d’une fatale évolution temporelle chaotique et imprévisible.

    A mon avis, ce serait trop reprendre les arguments fallacieux des adversaires du structuralisme, que de croire que les structures devraient être figées. Même une structure mythique, qui se veut absolument circulaire d’apparence, avance toujours de fait en spirale et ne peut se figer réellement. Les mythes sont sans cesse remaniés pour des buts prophétiques, pour parler de l’avenir (comme on le voit facilement dans les mythes bibliques). A mon sens, une structure humaine, y compris psychique ou sociale, ne peut être conçue qu’évolutive et mouvante. Elle ne peut que s’altérer sans cesse et se remanier. L’entropie dissolvante du temps et de l’espace oblige l’humain à des remaniements incessants. Par exemple, les essais de fixer une ethnie ou une langue échouent toujours. Tout est métissé depuis toujours et se disperse sans cesse. La spéciation des races humaines a échoué, même avec Néanderthal. Seuls les esprits totalitaires recherchent ponctuellement à que tout soit gelé et immuable, dans une répétition défensive désastreuse. Cela nous oblige à nous confronter au totalitarisme. Il n’est pas que paranoïaque. C’est la Résistance, en général, celle à la fluidité du monde psychique humain, qui se manifeste. Ce sont les origines de la Résistance qu’il nous faudrait envisager, en commençant par celle à propos de l’existence de l’Inconscient.

    Une question tout de même : comment as-tu le temps et l’énergie d’écrire tout cela ?

    Je rappelle quelques-uns de tes derniers titres ou articles publiés :

    VAGABONDAGES PSY...
    Il importe pourtant d’avoir des certitudes
    Albert Le Dorze
    Avant-propos de Robert-Michel Palem
    Psychanalyse et civilisations - Trouvailles et Retrouvailles
    Editions L’Harmattan - 2006

    POLITISATION DE L’ORDRE SEXUEL (LA)
    Albert Le Dorze
    Psychanalyse et civilisations
    Editions L’Harmattan - 2009

    HUMANISME ET PSY : LA RUPTURE
    Albert Le Dorze
    Psychanalyse et civilisations
    Editions L’Harmattan - 2010

    DE L’HÉRITAGE PSYCHIQUE
    Albert Le Dorze
    Psychanalyse et civilisations
    Editions L’Harmattan - 2011

    CULTURES, MÉTISSAGES ET PARANOÏA
    Albert Le Dorze
    Psychanalyse et civilisations
    Editions L’Harmattan - 2014

    DE L’INCARNATION, DU POIDS DU CORPS - CIPA NOV 2014.
    publié le 06/02/2015

    LA CHAIR ET LE SIGNIFIANT
    Albert Le Dorze
    Psychanalyse et civilisations
    Editions L’Harmattan - 8 février 2016


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